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8 mars 2017

Le self-interview de Nicolas Barrome Forgues

Le self-interview : l’interview avec toi-même où tu dis que ce que tu veux.

La règle : l’interviewé prend en photo son espace de travail et répond aux questions qu’il rêverait qu’on lui pose.
Enfin, il énonce sa « question détestée ».

Nicolas est artiste multi-supports. Chez Milan et demi, il a publié 50 créatures / 50 films
et participé aux ouvrages collectifs 100 films et Douce France.

bureau nico

Quelle est l’étape que j’aime le moins dans la création d’une image ?

Bizarrement, l’étape que je redoute le plus est celle du croquis, c’est toujours un moment que j’appréhende, avec pas mal de doutes. Que ce soit pour un travail personnel ou une commande, ça commence toujours par une vision (désolé, le mot est un peu ronflant mais c’est le plus approprié), une mise en scène plus ou moins floue, l’envie de dessiner une situation particulière, une ambiance… Et dans un deuxième temps, quand je commence à retranscrire ce que j’avais en tête, j’ai toujours l’appréhension de ne pas y arriver, de louper les détails qui feront que cette image sera pertinente. Je passe toujours beaucoup de temps à construire mes maquettes, je ne suis pas un aventurier et j’aime finaliser mes illustrations quand je vois vraiment où je vais.
Ce n’est que quand mon croquis est terminé que je prends vraiment du plaisir en mettant en couleur une image, en travaillant les textures, les lumières etc. Ce n’est qu’à partir de cette étape que j’ai le sentiment de maîtriser la situation : je sais que j’irai au bout, que l’image sera fidèle à ce que j’avais en tête.
Les croquis que je redoute le plus sont ceux que je fais sur des murs, je n’aime pas ce moment, surtout quand les formats sont vraiment grands !

Pourquoi est-ce que je cherche autant à diversifier mon travail ?

Cela fait plus de 10 ans que je travaille en tant qu’illustrateur et j’ai toujours attaché beaucoup d’importance à essayer un maximum de techniques, de supports et de formats, à produire des images pour des commandes en pub, en presse, en édition mais aussi pour des expositions, des murs ou des expérimentations très personnelles. J’aime autant travailler sur mon ordinateur que sur une feuille de papier, sur des petits formats comme de très grands murs… En fait, je me considère comme un illustrateur tout terrain et je m’ennuie très vite !
J’ai commencé ce métier en travaillant en collectif avec mes amis de Jeanspezial et Les Jeanclode et nous passions notre temps à expérimenter au maximum, à tenter des choses quitte à nous vautrer des fois mais c’était très enrichissant ! Ces groupes existent toujours et nous travaillons encore souvent ensemble mais, même en solo, cette envie de varier les plaisirs m’est restée et c’est devenu une ligne de conduite.
Je ne pourrais pas passer mon temps à préparer des expos, ni à répondre à des commandes et je ne pourrais pas non plus passer mon temps à peindre des murs, ça m’ennuierait très vite et j’aurais l’impression de tourner en rond. Toutes les disciplines sont enrichissantes et c’est ce changement constant qui permet de rencontrer un maximum de personnes.
Je suis tout le temps en recherche de nouvelles expériences, les dernières étaient l’apprentissage du vitrail et en ce moment la direction artistique d’un jeu vidéo. Peut-être que dans 6 mois je me mettrais au tricot.

Pourquoi n’y a-t-il pas spécialement de messages dans mes images ?

Parce que je laisse ça volontiers aux autres ! Pour être franc, je trouve extrêmement difficile de faire passer des messages forts et engagés sans tomber dans le cliché ou le racolage et à la vue de ce qui circule régulièrement sur Internet, ça me met plus souvent mal à l’aise qu’autre chose. De mon côté, je préfère provoquer des émotions en faisant des images tantôt drôles, tantôt dérangeantes (voire les deux à la fois) et je préfère interpeler les gens avec mon univers et mon imagerie qu’avec des messages que je ne maîtriserais pas. Et pour ceux qui le font très bien : je leur dis bravo !

Une situation gonflante à laquelle on est souvent confronté (je dis on parce que beaucoup se reconnaîtront) ?

Allez, grand seigneur, j’en ai trois !
– Quand on est face à quelqu’un qui nous demande une image quasi gratuite parce que bon, ça fera parler de nous et ce sera super chouette dans notre book.
– Quand on reçoit le dixième mail de l’année d’une œuvre caritative inconnue qui nous demande de donner des dessins pour les vendre contre… la bonne conscience.
– Quand on t’appelle pour un boulot à rendre dans 25 minutes.

La question à ne pas me poser, merci ? « La vie d’artiste, c’est à la cool, non ? »

N. B. F.

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