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28 février 2017

Le self-interview de Manon Paulic

Le self-interview : l’interview avec toi-même où tu dis que ce que tu veux.

La règle : l’interviewé prend en photo son espace de travail et répond aux questions qu’il rêverait qu’on lui pose. Enfin, il énonce sa « question détestée ».

Manon est reporter. Elle travaille pour le journal Le 1. Chez Milan et demi, elle a écrit La France qui gueule !

bureau paulic

Comment définirais-je mon métier de reporter ?

Un reporter est un conteur d’histoires vraies. Jour après jour, notre monde se bâtit au rythme de milliards d’histoires qui s’entremêlent et s’entrechoquent. Mon métier est, dans un premier temps, d’identifier celles qui méritent d’être mises en lumière. Partir à la chasse aux histoires en écoutant, en observant, en flairant. Les histoires les plus fortes ne sont pas toujours celles que l’on imagine. Puis, il s’agit d’aller les recueillir sur le terrain, de s’en imprégner comme une éponge. Parfois, cela implique de les vivre pleinement. Enfin, vient le moment de les raconter. Essorer l’éponge sur le papier. Se servir des mots pour faire vivre ces histoires à ceux qui ont envie de s’embarquer avec vous.

Qu’est-ce que je préfère dans mon métier ?

Plusieurs choses. D’abord, le fait de toujours devoir remettre mes certitudes en question. Me rendre compte, une fois sur place, en parlant aux gens, que l’idée que l’on se fait des choses n’est jamais tout à fait juste. J’aime aussi l’idée de prendre un train ou un avion sans jamais savoir qui je vais rencontrer, ni quelles histoires ces personnes voudront bien me raconter. Enfin, le fait que chaque reportage laisse au fond de moi quelque chose qui m’aide à avancer dans ma compréhension du monde. J’aime la manière dont ce métier me fait évoluer en tant qu’être humain.

Qu’est-ce qui est le plus difficile ?

Même réponse ! Remettre sans cesse ses certitudes en question, c’est fatigant ! Aller chaque jour à la rencontre d’inconnus demande aussi beaucoup d’énergie. Les journalistes ont parfois mauvaise réputation : gagner la confiance de son interlocuteur peut prendre la forme d’un vrai challenge.

Où est-ce que je préfère écrire ?

Dans les aéroports. Quand c’est possible, je choisis un vol avec quelques heures d’escale pour écrire mon papier. Il est comme un sas entre le reportage qui vient de s’achever et mon cocon parisien que je m’apprête à retrouver. Le travail sur le terrain est terminé, mais l’histoire est toujours fraîche dans mon esprit, les détails sont encore précis.

La question à ne pas me poser, merci ?

« Tu n’as pas peur de partir seule ? » Je ne sais jamais quoi répondre à cette question. Je crois que partir découvrir le monde là où il se trouve est la chose la plus rassurante qu’il soit.

M. P.

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